L’article en bref
L’ocarina captive par sa simplicité et son histoire millénaire. Cet instrument à vent globulaire traverse les civilisations sans se démoder.
- Un aérophone minuscule : flûte globulaire sans clé, pesant quelques grammes, mesurant environ 15 centimètres, capable de produire un son intimiste et expressif
- Des origines plurielles : traces retrouvées sur plusieurs continents remontant à 12 000 ans, présent chez les Incas, Mayas, Aztèques et en Asie
- Une modernisation en 1853 : Giuseppe Donati invente l’ocarina traversier à 10 trous capable de jouer 11 notes authentiques
- Une popularité culturelle croissante : utilisé par Janáček, Ligeti, Penderecki, propulsé mondialement par le jeu vidéo The Legend of Zelda : Ocarina of Time (1998)
- Un instrument d’apprentissage idéal : accessible aux débutants, léger et portable, sans difficulté technique majeure
Il tient dans une main, pèse à peine quelques grammes, et pourtant il traverse les millénaires sans se démoder. L’ocarina captive autant par sa simplicité apparente que par la profondeur de son histoire. Je l’ai découvert pour la première fois en entendant un musicien de rue à Rome souffler une mélodie étrange, douce et un peu hors du temps, et depuis, cet instrument ne m’a plus quitté.
Qu’est-ce qu’un ocarina : définition et caractéristiques essentielles
Un aérophone globulaire aux origines plurielles
L’ocarina est un instrument à vent classé dans la famille des bois, plus précisément un aérophone. Sa particularité ? Il s’agit d’une flûte globulaire sans clé, dont la forme ovoïde rappelle une tête d’oie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard : son nom vient du dialecte bolonais ucaréṅna, qui signifie littéralement « petite oie » en italien.
Contrairement à une flûte traversière classique, l’ocarina fonctionne grâce à une chambre interne où l’air vient se briser sur un biseau taillé à environ 45 degrés. Ce biseau, cette fine bande de terre ou de métal, produit la vibration sonore. Le musicien contrôle la hauteur des notes en obstruant les trous avec ses doigts, exactement comme sur une flûte à bec, mais avec une mécanique acoustique totalement différente.
L’Académie française n’a prévu aucun terme officiel pour désigner le joueur de cet instrument. Par défaut, la majorité se nomme simplement ocariniste. Un vide lexical qui dit beaucoup sur la place encore marginale de l’instrument dans la culture francophone.
Anatomie d’un instrument minuscule
L’ocarina se compose d’une embouchure où l’on souffle, d’une chambre interne, d’un pavillon (l’orifice de sortie) et de trous d’harmonie. Certains modèles comportent un petit trou à la base pour y glisser une dragonne. Sa taille maximale avoisine 15 centimètres, soit à peu près la longueur d’une main. Plus il est petit, plus le son monte dans les aigus ; plus il est volumineux, plus il descend dans les graves.
Il peut être fabriqué dans une variété de matériaux surprenante : terre cuite, céramique, porcelaine, métal, bois, bambou, os, pierre, plastique, voire écorce ou coque de fruit. Chaque matériau colore le timbre différemment. La terre cuite donne ce son chaud et un peu mat que j’associe aux montagnes andines. Le métal, lui, produit quelque chose de plus brillant, presque cristallin.
Un volume sonore discret mais expressif
Le volume moyen d’un ocarina tourne autour de 70 décibels, ce qui le situe dans la fourchette basse des instruments de musique. Ce n’est pas un instrument qui remplit une salle de concert, mais c’est précisément ce qui lui confère son charme intimiste. Son timbre peut être mélancolique, joyeux, langoureux ou vif selon le modèle et la technique du musicien. On le compare souvent au xun chinois, quoique ce dernier se souffle sur le bord extérieur, sans conduit interne.
Histoire et origines de cet instrument à travers les civilisations
Des traces vieilles de 12 000 ans
Des modèles rudimentaires d’ocarinas ont été retrouvés sur plusieurs continents, remontant à environ 12 000 ans. Kosovo, Égypte, Chine, Amérique du Sud (chez les Incas, les Mayas, les Aztèques) : partout, les mêmes formes globulaires percées de 4, 5 ou 6 trous. Cette universalité m’a toujours intrigué. Comment des cultures sans contact entre elles ont-elles pu développer le même objet sonore ?
Chaque civilisation lui a donné un nom distinct. Les Aztèques l’appelaient huilacapiztli, l’ethnie Hui du Ningxia en Chine le nommait niwawu, et les Mixtèques du Mexique parlaient d’ocarina nuiñe, originaire du site archéologique de Cerro de las Minas à Huajuapan, en Oaxaca.
Giuseppe Donati et la naissance de l’ocarina moderne
L’instrument tel que je le connais aujourd’hui naît précisément en 1853, à Budrio, près de Bologne. Giuseppe Donati, jeune musicien et boulanger, conçoit dans son four à pain un ocarina traversier à 10 trous capable de jouer 11 notes. Il transforme ce qui était jusque-là un simple jouet populaire en authentique instrument musical. En 1928, le sculpteur et musicologue japonais Takashi Aketagawa pousse la mécanique plus loin avec un modèle à 12 trous permettant 13 notes.
Avant cela, dès 1527, une troupe de musiciens danseurs amenée par les expéditions de Cortés en Mésoamérique jouait devant Charles Quint. Le roi fut fasciné. La troupe fit ensuite le tour de l’Europe, popularisant l’instrument dans les cours royales.
Les différents types d’ocarinas et leur tessiture
Il existe aujourd’hui une famille exhaustive d’ocarinas, classés selon leur nombre de trous et leur architecture sonore :
| Type | Trous | Notes jouables |
|---|---|---|
| Ocarina anglais | 6 | 10 notes |
| Ocarina du Pérou | 8 | 11 notes |
| Ocarina classique | 12 | 13 notes |
| Double ocarina | 17 | 17 notes |
| Triple ocarina | 21 | 21 notes |
| Quadruple ocarina | 24 | 24 notes |
Le quadruple ocarina, inventé entre 2007 et 2009 en Chine, se tient à deux mains en position horizontale. C’est presque sculptural.
L’ocarina dans la culture populaire et la musique savante
Des compositeurs classiques conquis
Leoš Janáček l’intégrait dès 1927 dans son cycle Říkadla. György Ligeti utilisait quatre ocarinas dans le deuxième mouvement de son Concerto pour violon (1990-1993). Krzysztof Penderecki convoquait dix ocarinas dans son Rêve de Jacob (1974), qu’on entend dans le film Shining de Stanley Kubrick. Ennio Morricone, lui, utilisait l’arghilofono, version grave originaire des Abruzzes, dans Le Bon, la Brute et le Truand en 1966.
Jeux vidéo, cinéma et pop culture
Le titre Song of Ocarina a connu un succès notable en France dans les années 1990. Reg Presley des Troggs jouait de l’ocarina sur Wild Thing en 1966. Simon Le Bon en glissait un dans The Chauffeur de Duran Duran. Vladimir Cosma construisait le thème du chien dans Alexandre le Bienheureux autour de cet instrument.
Mais c’est sans doute le jeu vidéo sorti en 1998 sur Nintendo 64 qui a tout changé : The Legend of Zelda : Ocarina of Time, produit par Nintendo, a propulsé l’instrument vers un public mondial, notamment en Asie et aux États-Unis. Hayao Miyazaki lui offrait aussi une apparition dans Mon voisin Totoro, où Totoro joue de l’ocarina perché sur un camphrier géant.
Apprendre l’ocarina : une porte d’entrée vers la musique
L’ocarina reste l’un des instruments les plus accessibles pour débuter. Pas besoin de faire vibrer les lèvres comme pour la trompette : il suffit de souffler et de couvrir les trous. Les modèles pour débutants sont généralement construits en alto, accordés en do majeur, fa majeur ou sol majeur. Son poids plume et son format compact permettent de le glisser dans une poche. C’est peut-être la meilleure façon de commencer à comprendre comment un son naît, évolue, respire, sans jamais être intimidé par la technique.
Sources :
– Wikipedia, Ocarina
– Larousse Musical