Qu’est-ce qu’un médiator : définition et utilité

L’article en bref

L’article en bref : Le médiator, du plectre antique au plastique moderne, est bien plus qu’un simple accessoire de guitare.

  • Une histoire riche : Des origines grecques aux innovations du XXe siècle avec Luigi D’Andrea et le celluloïd en 1922
  • Des formes variées : Goutte d’eau, triangulaire, Sharkfin — chaque forme influence l’attaque et la précision
  • L’épaisseur détermine tout : De 0,38 mm (souple, acoustique) à plus de 1,20 mm (métal, basse)
  • Des matériaux distincts : Celluloïd brillant, Tortex chaleureux, nylon doux — chacun produit une signature sonore propre
  • Un choix personnel : Les professionnels adaptent leur médiator à leur style, transformant cet outil en extension de leur identité musicale

La première fois que j’ai tenu un médiator entre les doigts, j’avais l’impression de tenir quelque chose d’insignifiant. Un bout de plastique. Et puis j’ai gratté une corde. Rien n’était pareil après. Ce petit triangle a une histoire bien plus dense qu’il n’y paraît — les premières attestations de francophonie remontent à 1330, et la première mention dans le Nouvel Larousse illustré Supplément date de 1907. Pas mal pour un « bout de plastique ».

Qu’est-ce qu’un médiator : définition et origines

Le plectre, de la Grèce antique à nos studios

Le terme médiator vient immédiatement du latin mediator, lui-même lié au français « médiateur ». Dans les textes grecs anciens, on parlait déjà de « plectre » pour désigner cet outil servant à faire vibrer les cordes. À l’époque, on utilisait du bois, de l’ivoire, de la corne ou du métal. Au XIXe siècle, les musiciens se tournaient vers des plumes d’oiseau taillées. Franchement, l’image est belle.

C’est en 1922 que Luigi D’Andrea fabrique ses premiers médiators en celluloïd, amorçant la modernisation de cet accessoire. Le plastique devient peu à peu la norme. Puis en 1973, la production de médiators en écaille de tortue est interdite par la loi — une décision écologique qui force les fabricants à innover. C’est dans cette quête de remplacement que Dunlop découvre le Delrin, une matière plastique aux propriétés acoustiques remarquables, pour créer les médiators Tortex.

Médiator, plectre, pick, onglet : les noms varient selon les pays et les traditions. Mais l’objet reste le même — une petite lame, fréquemment ovoïde ou triangulaire, destinée à frapper ou pincer les cordes d’un instrument à cordes pincées : guitare, mandoline, banjo, ukulélé…

Comment tenir et utiliser un médiator

La prise de base ? Entre le pouce et l’index légèrement replié, la pointe vers la corde. Simple à expliquer, moins évident à maîtriser. Les deux gestes fondamentaux sont l’aller simple — mouvement de haut en bas — et l’aller-retour, qui combine descente et montée. Ce second technique, une fois maîtrisé, ouvre immédiatement les portes du shred, du picking rapide, du sweeping.

Stevie Ray Vaughan, lui, jouait parfois avec le côté arrondi du médiator. Une curiosité qui illustre à quel point il n’existe pas de règle gravée dans la pierre. Et Brian May, guitariste de Queen, utilise une ancienne pièce de monnaie britannique — un six pence — comme médiator. Autant dire que le choix de cet accessoire peut devenir très personnel, presque identitaire.

Pour éviter les erreurs que font tous les guitaristes débutants, mieux vaut s’habituer tôt à une prise correcte : ni trop serrée (risque de tension dans la main), ni trop lâche (le médiator glisse, et là, c’est la chasse au réduit triangle sur la scène).

Formes et géométrie — le détail qui change tout

La forme influence directement l’attaque et la précision. La forme goutte d’eau, standardisée sous le nom Nr. 351 et développée par D’Andrea et Fender, est aujourd’hui la référence universelle. Les Jazz Picks reprennent cette forme en plus petit, pour un contact plus précis sur la corde. Les Sharkfin ont une pointe étirée, idéale pour les solos incisifs. Les médiators triangulaires Herdim offrent trois coins avec des épaisseurs variées — pratique pour alterner les sensations sans chercher un autre médiator dans sa poche.

Une pointe arrondie adoucit l’attaque. Une pointe plus acérée tranche la corde avec davantage de définition. Le choix dépend vraiment du son que tu cherches — et de ta façon de jouer.

Les types de médiators : épaisseurs et matériaux

Lire les chiffres sur l’emballage

L’épaisseur se mesure en millimètres. Voici les grandes catégories :

Catégorie Épaisseur Usage typique
Extra Light 0,38 à 0,50 mm Strumming doux, acoustique
Thin / Light 0,50 à 0,70 mm Rythmiques légères
Medium 0,60 à 0,85 mm Strumming et picking polyvalents
Heavy 0,85 à 1,20 mm Solos, riffs électriques
Extra Heavy 1,20 mm et plus Basse, métal, jeu très précis

Un médiator trop souple fait perdre de la dynamique malgré une bonne attaque. Trop rigide, il bride la fluidité. L’équilibre est personnel. Jimmy Page jouait avec un Herco Flex 75 de 0,75 mm, un choix relativement souple pour un guitariste de rock. Carlos Santana, à l’opposé, utilise des V-Picks de 3 mm — un choix radical qui façonne directement ce son chaud et soutenu qu’on lui connaît. Pour approfondir le lien entre l’épaisseur du médiator et les différences de son, c’est un sujet qui mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Les matériaux et leur influence sonore

Le plastique reste le matériau dominant. Mais chaque variante a sa propre signature sonore. Le celluloïd, brillant et glissant, produit un son vintage caractéristique. Le Tortex en Delrin offre une surface légèrement texturée, un son chaud et équilibré. L’Ultex, en polyétherimide, sonne clair et brillant avec une finition rigide. Le nylon, souple et doux, convient aux rythmiques légères et aux prises de son acoustiques. Le bois, la corne, la nacre ou la pierre sont des matériaux plus rares, souvent recherchés pour leur timbre particulier.

Un pack de 5 médiators Dunlop Tortex coûte environ 3,00 € — largement accessible pour tester sans se ruiner. Les médiators s’usent : une surface ébréchée modifie le son, parfois sans qu’on s’en rende compte. Le renouvellement régulier fait partie de l’hygiène du guitariste.

Choisir son médiator selon son instrument et son style

Adapter le médiator à l’instrument

Guitare acoustique ? Un médiator fin ou moyen entre 0,50 et 0,85 mm respecte la dynamique naturelle de l’instrument. Électrique ? Les modèles épais à partir de 0,85 mm donnent davantage de mordant sur les riffs. Pour la basse, on monte généralement à 1 mm minimum pour obtenir un son percussif. L’ukulélé ou la guitare classique profitent quant à eux de médiators en feutre ou en cuir, beaucoup plus doux sur les cordes nylon.

Ce que les pros nous apprennent sur leur choix

Observer les choix des guitaristes professionnels est instructif. Eric Clapton joue avec un médiator de 0,94 mm. David Gilmour utilise un D’Andrea TG 351 de 0,96 mm pour ce son liquide, aérien. Billie Joe Armstrong alterne entre 0,73 mm et 0,88 mm selon les morceaux. Ces choix ne sont pas anodins — chaque dixième de millimètre influe sur l’attaque, la résonance, la réponse de l’instrument.

Tester plusieurs médiators, c’est aussi travailler sa technique globale, affiner l’oreille, apprendre à écouter son propre son. Le médiator est le premier maillon de la chaîne sonore — avant l’ampli, avant les pédales, avant tout. Ce choix-là, il n’est jamais anodin.

Le film Tenacious D and the Pick of Destiny, avec Jack Black et Kyle Gass, pousse cette logique jusqu’à l’absurde en faisant du médiator une relique quasi-mythologique. Exagéré ? Un peu. Mais pas tant que ça.


Sources externes :

  • Nouvel Larousse illustré Supplément (1907) — première mention attestée du terme « médiator »
  • Attestations de francophonie (1330-1500) — données historiques sur l’étymologie du mot

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