Picking à la guitare : technique et maîtrise

L’article en bref

Le picking à la guitare est une technique fondamentale permettant de jouer mélodie et accompagnement simultanément. Découvrez ses origines, ses différentes variantes et comment progresser efficacement.

  • Origines historiques : Arnold Shultz, Merle Travis et Chet Atkins sont les pères fondateurs du picking moderne, né à la fin du XIXe siècle aux États-Unis
  • Principales techniques : Travis picking (pouce alternant sur les basses), flatpicking (médiator), fingerstyle (tous doigts) et hybrid picking (médiator + doigts)
  • Styles musicaux : Folk, country, bluegrass, blues et fingerstyle contemporain — du ragtime aux arrangements modernes
  • Erreurs courantes : Rechercher la vitesse avant la précision, négliger le rôle du pouce et sacrifier la musicalité à la technique
  • Apprentissage : Formations en ligne accessibles dès 14,90 €/mois avec vidéos HD et retours personnalisés pour progresser rapidement

Je me souviens de la première fois où j’ai entendu Chet Atkins jouer. Ce son de guitare — à la fois plein, mélodieux, rythmé — semblait sorti de nulle part, comme si deux musiciens jouaient sur le même instrument. Cette sensation, c’est exactement ce que produit le picking à son meilleur niveau. Mais qu’est-ce que c’est, concrètement ?

Qu’est-ce que le picking à la guitare : définition et origines

Le mot « picking » vient de l’anglais « to pick », qui signifie pincer. Le picking à la guitare désigne toutes les techniques où la main droite pince les cordes — aux doigts ou au médiator. Mais dans l’usage courant, le terme renvoie à un répertoire bien précis — le folk américain, le blues, la country. Pas vraiment le classique, même si la frontière reste floue.

Les origines remontent à la fin du XIXe siècle. Arnold Shultz (1886–1931), mineur noir du Kentucky, est probablement le premier à avoir joué une forme proche du picking moderne. Puis Kennedy Jones (1900–1990), guitariste et compositeur, revendique l’utilisation du premier onglet au pouce en 1925. Il transmet ce style à Mose Rager (1911–1985), considéré comme l’un des pères fondateurs du picking, porteur du fameux « son Mulhenberg » du Kentucky.

C’est Merle Travis (1917–1983) qui réforme tout. Sa technique — le Travis picking — repose sur le pouce et l’index uniquement : le pouce tient la basse, l’index dessine la mélodie. Un accompagnement et un chant mélodique fusionnés en un seul geste. Chet Atkins (1924–2001), influencé par Rager et Travis, pousse encore plus loin en y ajoutant des couleurs jazz et classiques. Le picking moderne tel qu’on le connaît, c’est lui.

En France, c’est Marcel Dadi (1951–1996) qui ouvre la porte. Dès 1973, son premier album rend hommage à Atkins avec le titre « Song For Chet ». Deux ans avant, en 1970, Roger Mason et Steve Waring avaient gravé « Guitares Américaine-Special Instrumental » pour les éditions « Le chant du Monde » — un disque quasiment introuvable aujourd’hui. Dadi popularise aussi la tablature récent, rendant le picking accessible à tous. Si tu veux comprendre comment se lire ces partitions graphiques, la page comment lire une tablature pour guitare : tout savoir est un point de départ solide.

Le fingerpicking : jouer mélodie et basse en même temps

Le finger-picking, ou thumb-picking, c’est ce qui m’a toujours fasciné : un guitariste seul qui sonne comme un duo. Le pouce assure les basses en alternance sur les trois cordes graves — souvent avec un onglet — pendant que l’index, le majeur et l’annulaire dessinent la mélodie sur les trois cordes aiguës. Cette coordination main droite indépendante demande du temps, mais le résultat est saisissant.

Le flatpicking : le médiator au service du rythme

Entre 1800 et 1930, la guitare servait quasi exclusivement d’instrument rythmique aux États-Unis. Le flatpicking naît dans les années 1940–1950, porté par des guitaristes de country et de bluegrass utilisant un médiator plat — le « flat pick ». Doc Watson, Tony Rice, Norman Blake, Clarence White… Ces noms définissent un son. Dan Crary, star du flatpicking, affirme que la guitare acoustique à cordes métal avec médiator produit un son qu’aucune autre technique ne peut reproduire.

Hybrid picking et chicken-picking : les hybrides créatifs

Le hybrid picking combine médiator et doigts. Il permet les double-stops — deux notes jouées simultanément — et ouvre sur le son banjo en cordes ouvertes, très country. Brad Paisley en est un maître moderne. Le chicken-picking, variante spécifique, mélange cordes étouffées et notes claires pour un son percutant, funky, décalé — une signature sonore que James Burton et Jerry Reed (1937–2008) ont portée au sommet.

Les styles musicaux où le picking est immanquable

Bob Dylan, Joan Baez, Leonard Cohen, Simon and Garfunkel, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Maxime Le Forestier… Tous utilisent le picking, essentiellement pour s’accompagner. Ce n’est pas un style de niche. C’est une langue musicale universelle.

Dans les années 1960, l’Angleterre s’empare du picking. Davey Graham (1940–2008) y injecte des couleurs jazz. Bert Jansch (1943–2011) et John Renbourn (né en 1944) prolongent cette lignée, l’un avec son folk brut, l’autre avec des influences celtiques et de musique ancienne. Stephan Grossman (né en 1945) développe quant à lui un catalogue quasi encyclopédique sur le blues picking.

Voici les principaux styles de picking et leurs caractéristiques :

  1. Travis picking : pouce en alternance sur les basses, doigts sur la mélodie — folk et country
  2. Flatpicking : médiator seul, bluegrass et acoustic folk
  3. Fingerstyle : tous doigts, aucune contrainte de style, du ragtime au contemporain
  4. Hybrid picking — médiator + doigts, country et rock
  5. Chicken-picking : notes étouffées + claires, son funky et percutant

La scène instrumentale actuelle est foisonnante — Tommy Emmanuel en Australie, Jacques Stotzem en Belgique, Pierre Bensusan et Michel Haumont en France, Franco Morone en Italie. Le picking vit. Il évolue. Il absorbe même des techniques électriques comme le tapping ou le sweeping.

Progresser en picking : erreurs fréquentes et ressources pour apprendre

La première erreur que je vois systématiquement chez les guitaristes qui débutent le picking ? Courir après la vitesse. La précision d’abord. Toujours. La coordination entre les deux mains vient ensuite, et c’est elle qui débloque tout. Négliger le rôle du pouce, sous-estimer les transitions d’accords, sacrifier la musicalité à la technique — voilà les pièges classiques.

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Le picking s’adapte à toutes les guitares — classique, folk, jazz, électrique. De Bach aux Beatles, de Dave Brubeck à Paul Simon, tout a été transcrit, arrangé, réinventé. C’est peut-être ça, sa vraie force : non pas être un style, mais être un langage.

Sources externes :
– Dictionnaire des techniques guitaristiques, référence académique musicologique
– Archives discographiques « Le chant du Monde », catalogue historique des enregistrements folk français

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