Qu’est-ce qu’un theremin : instrument électronique

L’article en bref

Le thérémine est le premier instrument de musique électronique, inventé en 1920 et joué sans le toucher. Cet instrument fascinant fonctionne selon le principe de l’hétérodyne, où deux oscillateurs créent le son par leur différence de fréquence. Le musicien contrôle la hauteur et le volume en déplaçant ses mains autour de deux antennes, sans aucun contact physique. Pur et envoûtant, le thérémine a inspiré Clara Rockmore, première virtuose, puis des artistes du cinéma et de la musique populaire.

  • Invention révolutionnaire : premier instrument électronique de l’histoire musicale
  • Fonctionnement unique : jeu sans contact via deux antennes contrôlant hauteur et volume
  • Timbre distinctif : son pur et planant rappelant violon, voix humaine ou scie musicale
  • Impact culturel : incontournable au cinéma de science-fiction et musique contemporaine

Je me souviens de la première fois que j’ai entendu ce son étrange, planant, presque humain, sortir d’un haut-parleur lors d’une projection d’un vieux film de science-fiction. Aucun instrument visible. Aucune corde, aucune touche. Juste une présence sonore qui flottait dans l’air. C’était du thérémine, et depuis ce jour, cet instrument ne m’a plus jamais quitté.

Qu’est-ce qu’un thérémine : définition et origines de l’instrument électronique

Le thérémine est un instrument de musique électronique, probablement le premier de l’histoire, inventé en 1920 à Saint-Pétersbourg par l’ingénieur russe Lev Sergueïevitch Termen, plus connu sous le nom de Léon Theremin. Sa particularité absolue : on n’y touche pas. Tu joues dans l’air. Les mains se déplacent autour de deux antennes, et le son répond. Je t’assure que la première fois qu’on voit ça, l’effet est sidérant.

L’instrument se compose d’un boîtier électronique renfermant des oscillateurs, des amplificateurs et un haut-parleur. Deux antennes le complètent : une verticale qui contrôle la hauteur du son, et une horizontale en forme de boucle qui gère le volume. L’antenne verticale couvre une plage de 20 à 20 000 Hz, soit environ sept à huit octaves. C’est une étendue comparable à celle d’un grand piano.

L’invention est née d’un accident de laboratoire. Theremin travaillait sur un appareil de mesure de la densité des gaz. Cet appareil réagissait à la présence de son corps. Plutôt que de corriger le problème, il a décidé d’en faire de la musique. Ce genre de bifurcation créative, j’y pense souvent quand je découvre un artiste qui détourne un outil pour en faire quelque chose d’inattendu.

L’histoire de Theremin lui-même est aussi dramatique que son instrument est envoûtant. Lénine a immédiatement perçu le potentiel de la machine, en commandant 600 exemplaires et en prenant lui-même des leçons. Theremin est ensuite parti en tournée mondiale, traversant la Russie, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, avant d’arriver à New York en 1927. L’instrument a été breveté aux États-Unis le 28 février 1928, et les droits de production concédés à la firme RCA.

Une trajectoire personnelle brisée

En 1938, Theremin quitte les États-Unis pour retourner en Union soviétique dans des circonstances jamais vraiment éclaircies : mal du pays, dettes, ou enlèvement forcé par des agents soviétiques, selon les sources. À son retour, il est incarcéré à la prison de Boutyrka à Moscou, puis déporté aux mines d’or de la Kolyma, officiellement pour avoir planifié l’assassinat de Sergueï Kirov. La durée prévue était de huit ans. Il n’y passe finalement qu’un an, avant d’être transféré en 1940 à Omsk dans une charachka, un laboratoire du Goulag.

C’est là qu’il invente le système d’écoute Bourane, précurseur du micro espion laser. Beria, chef de la NKVD, l’utilise pour surveiller les ambassades à Moscou. En 1947, Theremin reçoit le prix Staline pour cette invention. Il est réhabilité en 1956. Une vie digne d’un roman.

Clara Rockmore, première virtuose de l’instrument

On ne peut pas parler de l’histoire du thérémine sans évoquer Clara Rockmore (1911-1998), née à Vilnius en Lituanie. Elle est la première grande virtuose de l’instrument, la première à avoir entrepris des transcriptions de pièces classiques pour en constituer un répertoire sérieux. Avant la Seconde Guerre mondiale, ce répertoire était pratiquement inexistant. Elle a commencé par adapter tout le corpus des instruments à cordes. Le 9 mars 2016, Google lui a rendu hommage avec un Doodle interactif pour ses 105 ans, permettant à l’internaute de jouer du thérémine dans son navigateur.

Comment fonctionne le thérémine : le principe de l’hétérodyne et l’absence de contact

Ce qui intrigue dans le thérémine, c’est son principe de fonctionnement, à la fois simple à expliquer et difficile à croire. L’instrument repose sur le phénomène de l’hétérodyne. Deux oscillateurs produisent chacun un ultrason inaudible : l’un à fréquence fixe de 170 kHz, l’autre à fréquence variable entre 168 et 170 kHz. Le son audible résulte de la combinaison de ces deux signaux. La différence entre les deux fréquences crée la note que tu entends.

Le corps humain agit ici comme une électrode. En approchant la main droite de l’antenne verticale, le musicien perturbe le champ électromagnétique et modifie la fréquence variable. Plus la main s’approche, plus le son monte. La main gauche, elle, contrôle le volume via l’antenne horizontale. C’est un instrument sans aucun retour tactile. Pas de corde qui vibre sous les doigts, pas de touche qui résiste. Rien.

Pour mieux comprendre les relations entre les antennes et leur effet sonore, voici un tableau récapitulatif :

Antenne Position Contrôle Geste du musicien
Verticale Droite Hauteur du son (pitch) Main droite qui s’approche = son plus aigu
Horizontale (boucle) Gauche Volume Main gauche qui s’approche = volume qui baisse

La difficulté d’apprentissage, un défi de toute une vie

Produire un son avec un thérémine est immédiat. Apprendre à vraiment jouer, c’est une autre histoire. Le musicien doit rester parfaitement immobile, à l’exception des bras. Les deux champs électromagnétiques sont distincts et réagissent au moindre mouvement corporel. Grégoire Blanc, l’un des rares théréministes professionnels français, raconte qu’une violoniste qui s’était baissée pour ramasser une partition lors d’un concert a provoqué une chute d’une octave complète dans le son de son instrument. C’est une image que je trouve à la fois drôle et vertigineuse.

Un timbre aux multiples visages

Le timbre du thérémine rappelle le violon, le violoncelle, parfois la voix humaine, parfois une scie musicale. Son son est extrêmement pur, presque sans attaque. Grégoire Blanc décrit le contrôle de la hauteur comme l’action de glisser sur une corde invisible tendue entre soi et l’antenne. Ce rapport à l’espace, à la distance, à l’invisibilité, crée un lien particulièrement intime entre le musicien et son instrument. Le musicien devient, en quelque sorte, l’instrument lui-même. D’ailleurs, pour calibrer un thérémine dans un contexte de jeu collectif, une bonne maîtrise de l’accordeur électronique peut s’avérer précieuse.

Le thérémine dans la musique : du cinéma aux scènes contemporaines

Le thérémine a envahi les salles obscures dès 1945, avec les films Spellbound et The Lost Weekend, pour exprimer l’angoisse et les sens perturbés. Alfred Hitchcock l’utilise la même année dans La maison du Docteur Edwardes pour créer une ambiance de folie. En 1950, Rocketship X-M devient le premier film de science-fiction à l’employer, suivi de The Day the Earth Stood Still en 1951 et It Came from Outer Space en 1953.

La percée dans la musique populaire arrive avec Good Vibrations des Beach Boys en 1966, même si l’instrument utilisé était un électro-thérémine construit par Paul Tanner. Jimmy Page de Led Zeppelin l’intègre sur Whole Lotta Love, Brian Jones des Rolling Stones s’en empare, Frank Zappa l’étudie. Plus récemment, des groupes comme Portishead sur Mysterons, les Pixies sur Velouria ou Aerosmith sur Sweet Emotion ont tous puisé dans ses sonorités singulières.

Un répertoire classique en expansion

Depuis les années 1980, le nombre de pièces composées pour le thérémine a explosé. On estime aujourd’hui à environ 250 le nombre d’œuvres originales, dont une trentaine pour thérémine solo et orchestre, une cinquantaine intégrant l’instrument dans l’orchestre, et près de 160 œuvres de musique de chambre. Des compositeurs comme Edgar Varèse, Alfred Schnittke, Fazıl Say ou Kalevi Aho ont contribué à ce corpus. Aho a notamment écrit Eight Seasons en 2011 pour la théréministe allemande Carolina Eyck.

Analyser le son du thérémine aujourd’hui

Aujourd’hui, le thérémine reste abordable. Les prix d’entrée de gamme tournent autour de 300 euros. Robert Moog, qui avait construit son premier thérémine à 15 ans et fondé sa société R.A. Moog Co. à 19 ans, a largement contribué à démocratiser l’instrument depuis 1961 avec une version transistorisée. Des instruments dérivés ont aussi vu le jour :

  • L’électro-thérémine de Paul Tanner, utilisé par les Beach Boys
  • Le matryomin, inventé par le théréministe japonais Masami Takeuchi
  • Le terpsitone, commandé par les mouvements d’un danseur
  • Des émulateurs logiciels pilotés à la souris

Si tu veux comprendre pourquoi certains sons t’obsèdent sans que tu arrives à les nommer, écoute Mysterons de Portishead ou une interprétation de Clara Rockmore. Tu reconnaîtras ce timbre planant. Ce ne sera plus jamais de l’inconnu pour toi.

Sources externes :

– Thereminworld.com

– Grove Music Online (Oxford Music Online)

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